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[Interview] Basile 'Basou' Yaiche - Du poker au théâtre


Basile 'Basou' Yaiche

Ex-star du poker français, sponsorisé Unibet à 19 ans, Basou a suivi une progression précoce et fulgurante. Il fait partie de ces joueurs qui ont contribué à révolutionner le jeu (l'un des premiers à populariser les overbets notamment). Il a cependant arrêté le poker à haut niveau depuis quelque temps pour s’adonner à une autre passion : le théâtre.

Aujourd’hui, c’est l’occasion pour moi de lui poser quelques questions sur cette évolution professionnelle et avoir son avis sur la manière de gérer son passé de joueur dans l’après-poker !


 


PokerEV+ : Salut Basou, tu as pris tes distances avec le monde du poker depuis quelque temps. Que deviens-tu ?

Basou : Je suis en 5ème et dernière année d’école de commerce à l’IPAG, section entrepreneuriat, et je consacre le reste de mon temps au théâtre. Je suis d'ailleurs, en parallèle de l'IPAG, une formation professionnelle de comédien à Acting International, là aussi en dernière année. Elle ne délivre pas de diplôme officiel mais elle est considérée comme une bonne école. J'y travaille 12 heures par semaine. Là récemment par exemple, on a eu des cours de one-man-show et on vient de monter un spectacle avec 15 autres comédiens dans lequel je participe pendant 5 minutes dans un petit théâtre à scène ouverte. J’aimerais bien continuer dans cette voie.
Et au niveau financier, comment vais-je gagner ma vie a coté en attendant que ça se passe bien ? Soit je jouerais à coté (ndlr: au poker) soit je pense à l’entrepreneuriat pour monter une petite boite.


















Tu as l’air de dissocier la partie théâtre et ta formation en entrepreneuriat, qu’en est-il ?

Non, pas nécessairement. J’envisage d’acheter un théâtre. J’ai failli en acheter un l’année dernière, un petit de 20 places, mais ça ne c’est pas fait. Si j’ai les finances et que je trouve le bon lieu, il est possible que j’en achète un. Je voudrais un peu moderniser le théâtre, le rendre plus accessible à tout le monde.


Peux-tu faire un lien avec ton passé de joueur et ta nouvelle activité ? Ou pour toi c’est un changement radical qui n’a rien à voir ? En d’autres termes, est-ce qu’on ton expérience poker t’apporte quelque chose aujourd’hui dans tes projets (hormis l’aspect financier) ?

Carrément ! J’ai compris que le poker crée un mode de vie qui te permet de gagner de l’argent pour ensuite t’acheter du plaisir, faire des dépenses, faire des voyages etc. En l’occurrence, dans la vie, je ne pense pas que ça devrait se passer comme ça. Je pense qu’au contraire, il faut trouver un truc qui te fasse kiffer, et ne pas travailler pour se dire après : « voilà je vais pouvoir me reposer ». Je pense que ça doit être plus global que ça. Donc ce que j’ai appris avec le poker c’est que ça ne me permettait tout simplement pas d’être heureux.

Après, le poker, c'est intéressant un moment, c’est vrai, mais ça revient vite souvent au même. Et puis ce que j'ai compris, c’est que même en essayant et en réussissant à monter les plus hautes limites, en jouant les meilleurs etc, je n'étais pas plus heureux pour autant. Et je l’ai d’autant plus compris quand j’ai repris le théâtre alors que je grindais à coté. J’étais dans un état de stress permanent, alors qu’avant, lorsque je ne grindais pas, j’étais super à l’aise lors de mes représentations au théâtre. Du coup ça m’a fait réfléchir, je me suis pas mal intéressé à des livres sur la méditation, sur le bonheur. Et j'ai pris conscience que ce n’était pas dans le poker que j’allais trouver mes réponses car c'est une activité assez "capée" en terme de bonheur.


















En résumé le poker, c'est quoi pour toi... ?

C’est une activité qui est émotionnellement lourde. Lorsque tu gagnes, le plaisir est assez court et lorsque tu perds ça t’affecte beaucoup plus dans ta vie. Quand tu gagnes, c’est normal, tu t'y habitues. Quand tu perds, c’est toujours dur. C’est une activité qui, je pense, te renferme. C'est mon cas du moins...


Le fait d’être médiatisé a peut être aussi joué sur ton rapport au poker et à la pression ?

Le fait d’être médiatisé, j’en avais rien à cirer, dans le sens où pour moi il n'y avait rien d’extraordinaire à être joueur de poker. Je pense que ça ne me correspondait pas beaucoup. Le fait de me penser talentueux et de gagner m’a fait croire pendant un moment que c’était fait pour moi, mais ce n’était pas forcement le cas.
Après je ne dis pas que ce n’est pas intéressant de jouer trois heures pour tenter de gagner ce que les gens gagnent normalement en un mois.

Aujourd’hui c’est intéressant d’avoir mon niveau de jeu pour gagner un peu et financer des projets, pour mettre le poker au service de quelque chose. Autrement, pour moi, ça n’a pas de sens de jouer au poker juste pour jouer. Il faut que ce soit dans un but plus épanouissant pour soi ou pour les autres. Je ne vois pas l’intérêt de juste gagner de l'argent. C’est peut être un peu indécent de dire ça, mais je pense que dans la mesure du possible, si l'on peut mélanger les deux - bonheur et activité rémunératrice - c’est mieux. Surtout que le poker ce n’est pas un taff normal. C’est un taff ou t’es stressé et qui est assez addictif.
Bouddha disait je crois : « une vie qui est faite du jeu n’est pas une vraie vie » (rire).


A quel point penses-tu qu’un grinder online qui a gagné sa vie avec le poker pendant plusieurs années et disposant d’un niveau d’études supérieures peut valoriser son expérience poker pour trouver un boulot qui lui corresponde ?

C’est assez ambigu parce que ça peut être vu comme le mec qui a joué pendant 3 ans. Ça dépend du travail pour lequel il va être amené à postuler. Je pense que ça peut être pas mal pour montrer qu'on a développé ses qualités d’empathie, amélioré ses skills en probabilités, en gestion du risque etc. En finance, je sais que c’est très demandé.

Pour le reste, c’est vrai que je suis encore étudiant, je ne sais pas trop quoi dire.
Je pense que ça dépend vraiment de qui on a en face. Certains vont seulement voir que tu as joué pendant 3 ans aux cartes alors que d’autres vont comprendre l’expérience.

Je pense qu’après avoir joué au poker, c’est assez dur de se remettre dans un travail classique. Le joueur de poker a davantage le caractère d’un entrepreneur, pas d'un suiveur. Je me demande si ce n'est pas plus intéressant pour lui de monter une boite plutôt que d’être salarié. Je pense que c’est possible, il faut y aller par étapes, il faut une transition.


L’activité de joueur de poker pro est liée avant tout à une passion. Un joueur est-il voué à trouver une autre activité qui le passionne tout autant pour être heureux, comme cela semble être le cas pour toi ?

Dans mon cas oui, parce qu'autrement je n'aurais pas compris pourquoi j'ai arrêté de jouer.
Si tu ne sais pas profondément pourquoi tu arrêtes de jouer, si c'est une raison par défaut, tu vas avoir du mal à faire la transition, à sortir du poker, parce que le poker est addictif et que tu finiras par y revenir si ta nouvelle activité ne te passionne pas. Si tu arrêtes parce que tu n'as plus le niveau, ton ego va en prendre un coup et tu ne vas pas prendre véritablement conscience de pourquoi tu veux arrêter le jeu. Arrêter juste pour changer d’activité rémunératrice n’est pas pertinent selon moi, ça reviendrait à arrêter en perdant. T’auras l’impression de régresser. Mieux vaut se dire : « voilà j‘ai joué, mais maintenant ça ne me mène pas à grand chose en terme de bonheur et d’épanouissement » et chercher à comprendre pourquoi le poker ne nous plait plus comme avant. Comprendre vraiment ses motivations, c'est ce qui nous amène vers quelque chose de cohérent. Il faut juste comprendre pourquoi il faut se lever le matin.

Quand je fais du théâtre, je n’ai plus envie de jouer au poker. C’est tellement plus épanouissant que je ne regrette pas à ce moment-là de ne pas jouer au poker et de ne pas gagner des fortunes. J’ai déjà vécu ces moments, et aujourd’hui, je préfère cent fois les applaudissements à gagner de l'argent au poker.


Quels conseils pourrais-tu donner à des grinders pro/semipro qui seront un jour ou l’autre confrontés à ces problématiques d’évolution/reconversion professionnelle ?


La première chose à faire, si on veut stop le poker, c’est retrouver un rythme « normal », ne plus vivre en décalé parce que les gens le ressentent. Il faut sentir que l'on appartient à la société.
Il faut accepter un temps d’adaptation, un moment où tu vas peut être te sentir un peu moins heureux que le moment pendant lequel tu jouais au poker, parce que tu vas vite t’ennuyer. Il faut se faire violence et croire que ça va évoluer positivement. On se met dans un monde d’adrénaline avec le poker et il faut un temps pour purger la chose, pour ré-accepter son quotidien.
Il faut se remettre à travailler. On est vite surpris de récupérer beaucoup d’énergie à ne pas rester 8 heures par jour chez soi à jouer au poker. Il faut accepter la période de transition.

Ce n’est pas un hasard de rester 8 heures par jour devant un PC. C’est qu'on n’aime pas son quotidien. Après c’est surement possible de trouver un équilibre, mais j’en connais peu voire aucun qui y sont parvenus.


















Merci pour cette interview sans concession ! Pour terminer, ton actu théâtre ?

On va ouvrir une troupe d’impro avec mon école, on va jouer tous les mois. En fin d’année, il y aura une grande représentation organisée. Et après je me lancerai à fond, ouvrir un théâtre, tenter les castings, on verra. Commenter sur le forum →


3 Commentaires

nice, merci

J'ai eu la chance de faire du théâtre d'impro pendant 5 ans et c'est vraiment un gros kiff !!!

super !

 

sympa d'avoir des nouvelles de Basou.

Je me retrouve sur quelques lignes malgrès le niveau d'écart au poker